Critique
Thilde Barboni, ébahie devant la barbarie de l’homme vis à vis de ses semblables, a écrit d’abord une nouvelle publiée avec le titre de Hiroshima, fin de transmission. Plus tard Olivier Cinna illustrerait le récit dans la bande dessinée objet de cette fiche de lecture.
Le dessin se trouve au croisement de la manière occidentale et de la délicate estampe japonaise. Les premières cases s’ouvrent dans une forêt verte, aux couleurs chargés, Forêt qui symbolise l’ambiance d’enfermement propre à un totalitarisme. Le dessinateur arrive à exprimer la violence de l’époque à travers de traits rapides et incisifs. À fur et à mesure que le récit avance et se situe au Japon, les couleurs deviennent transparentes, les traits délicats, le visage de la jeune fille d’Hiroshima est éthéré, le dessin du personnage de Ludwig devient à la fois plus léger et plus expressif.
Cette bande dessinée n’est pas que le récit d’une histoire d’amour en temps de guerre entre Ludwig, traducteur allemand et la jeune fille d’Hiroshima. C’ est aussi le cri d’épouvante face à l’horreur de la guerre. C’est aussi une invitation à mieux connaître les enjeux de l’alliance entre l’Allemagne Nazie et l’Empire Japonais.
Ludwig n’est pas donc un Hibakusha comme les autres: Son ombre projetée sur une pierre se souvient de sa vie, de son mariage sans passion dans l’Allemagne Nazie, des occasions ratées de démontrer son amour à son enfant, de son aveuglement et de son silence jusqu’à le moment de sa rencontre avec la jeune femme de Hiroshima. Ludwig est traducteur et travaille pour une entreprise chimique allemande. Lors d’un bombardement Ludwig se trouve dans un abri.
«Je me suis retrouvé tout contre une femme qui fixait ma jambe inerte. chaque pore de sa peau m’envoyait des ondes… Chaque mouvement de son corpos faisait frémir le mien. Mon trouble se heurtait à son masque de porcelaine. » (p.29)

Hibakusha – Thilde BARBONI et Olivier CINNA
Le hasard a voulu que cette même dame le soignât pour des migraines. Ludwig se souvient du jour où il la vit passer dans le parc, en face de son bureau.
– Comment vont vos maux de tête ?
– Bien mieux ! je ne pourrais plus me passer de vous.
Quand la douleur s’envolera complètement, vous n’aurez plus besoin de moi.
– Qu’elle continue à me persécuter alors ! Je se supporterais pas de ne plus vous voir.
-Ne dites pas de bêtises…
– Ce ne sont pas de bêtises ! Mes journées n’ont de sens que pour les moments que je passe avec vous. (p.35)
Au même moment que Ludwig se lie à la jeune fille de Hiroshima, il prend conscience de qu’il ne peut plus n’être qu’une courroie de transmission d’une langue à autre (p. 33) comme son travail de traducteur le lui exige. Il se rend compte que les documents qu’il traduisait n’avaient rien à voir avec la purification de l’eau ou la prévention des épidémies, mais ils étaient en relation avec l’anéantissement des vies humaines. Ludwig commencera à falsifier les traductions.
Cette bande dessinée, plaisante à regarder et à lire, nous invite avec délicatesse à la compassion envers les victimes de la guerre et au voyage vers cette culture japonaise.




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