Critique
Un professeur d’histoire contemporaine dans une université au Canada, a pour sujet de prédilection la dynastie Kennedy. John Kennedy, président des États-Unis assassiné en 1963, mais plus encore Robert Kennedy, tué en 1968 alors qu’il se lançait avec succès dans la course de l’élection présidentielle pour le camp démocrate : ces deux figures historiques, éminemment charismatiques, profondément troubles, fascinent le narrateur.
Petites histoires et Histoire
Plus encore, il est intimement convaincu que la mort violente de ses deux parents dans les années 1960, est liée au sort funeste des frères Kennedy. Son père, Français exilé aux États-Unis, puis au Canada, ancien résistant lors de la seconde guerre mondiale, était une figure importante de la psychiatrie internationale. Son domaine professionnelle était l’hypnose et, pour cette raison, a pu approcher le président John Kennedy souffrant de terribles maux de dos.
Il apparaît aux yeux de son fils comme un agent des services secrets britanniques, ayant été approché par la CIA dans le cadre d’un programme de contrôle mental des individus pour contenir tout mouvement de subversion. L’agence centrale de renseignement américaine aurait pu causer le décès par accident du père du narrateur. C’est une hypothèse que soutient le narrateur.
La mère du narrateur, également, est morte de manière tragique, dans un simulacre de meurtre organisé par les services secrets, dans le but de confondre le mari.
Histoire et fiction
Le récit, mené par un homme qui s’appelle 0’Dugain (!), alterne les chapitres consacrés à l’Histoire (le destin des frères Kennedy) et l’histoire du narrateur qui nous parle de ses recherches, de son enfance, de ses parents. Toujours, le doute est jeté sur les personnages qui peuplent ce roman et les événements qui nous sont racontés. John et Robert Kennedy apparaissent comme les jouets d’une horrible machination, de complots en série ourdis par le groupe militaro-industriel, le vice-président Johnson, le FBI, la mafia ou les syndicats. De même, le sort des parents présentés par le narrateur est un tissu de pratiques illégales, clandestines, sans vergogne où agissent les services secrets américains ou britanniques.
Roman noir
Vrai ou pas, personne n’échappe à la critique : John Kennedy semble être un homme malade se sachant moribond, multipliant les infidélités conjugales, en proie à des pulsions sexuelles irrépressibles. Il fut élu grâce à des malversations, vivant sous le menace de révélations à son encontre par le FBI. Robert apparaît dépressif après la mort de son frère, hésitant, dispraxique, infidèle. Les parents du narrateur sont les jouets articulés dans l’ombre par des forces occultes en chaîne : services secrets, résistance, armée irlandaise. Mensonge et vérité sont les enjeux d’une démocratie trouble au centre du roman.
Un récit captivant
Le lecteur ne s’ennuie jamais à la lecture de ce récit dense, fouillé, romanesque. Figures historiques et personnages de roman se côtoient pour faire naître un trouble intéressant. Et l’intrigue gagne beaucoup du charisme des frères Kennedy, personnages d’un destin mythique, dont on se surprend à espérer qu’ils échappent à leur sort funeste, même si l’on connaît la fin de leur histoire. Et les pages qui évoquent la vie de Robert Kennedy sont très réussies, tant il apparaît jouissant d’un destin presque « christique », pris par le doute et la volonté d’agir à l’encontre du destin. Ainsi cette sentence:
« Certains hommes voient les choses telles qu’elles sont. Je rêve de choses qui n’ont jamais été, et je dis: pourquoi pas? » (p.331)




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