Critique
Livre étonnant. A la fois un roman, une enquête journalistique et des chansons!
Des photos et des gens
Au départ, l’auteure achète chez un brocanteur sur internet une enveloppe qui renferme 250 photos. Ces photos, polaroids anonymes, montrent le quotidien d’une famille ordinaire, quelque part en France. Des gens inconnus apparaissent : une jeune fille, des personnes âgées. Un prétexte formidable pour une romancière.
Roman-photo
Isabelle MONNIN voit là la matière première d’un roman à écrire. Les photos racontent des bribes d’histoire. L’auteure donne un nom à chaque personne, définit les relations qui lient chacun, invente un destin. S’élabore sous nos yeux un récit dramatique au centre duquel grandit une jeune fille, Laurence. Elle vit en compagnie de ses grands-parents, dont l’omniprésente mamie Poulet. Elle recherche sa mère qui a fui, peut-être à l’étranger et part plus tard à sa recherche.
Dans une deuxième partie, la journaliste endosse les habits de la romancière. Elle enquête sur la famille, le village où Laurence vit. Au cours de ses recherches, elle retrouve les lieux, les maisons, les gens, leurs vrais noms. C’est l’envers du décor, ou plutôt la réalité qui prend la place de la fiction. La romancière part à la rencontre de ses personnages! Et elle découvre que la petite fille, Laurence, s’appelle bien Laurence. Défilent des êtres humains, bien en chair, des gens ordinaires comme Suzanne ou Michel, dans un travail qui rend présent le passé.
S’en dégage une ineffable nostalgie. La joie mélancolique d’avoir vécu, une vie, rien qu’une vie, dont il reste quelques photos perdues, vendues à l’encan.
Des protagonistes, êtres imaginaires, sont devenues des personnes, identifiées, nommées, circonstanciées, bien réelles, qui confient à l’auteur le récit de leur vie. Et la journaliste écrit sous la dictée de ses personnages de fiction devenus chair. Les petits bouts d’histoire exposés comme légende d’une photo deviennent un livre surprenant, humain, profondément humain.
Roman musical
Enfin, un cd accompagne le livre, des chansons produites par Alex Beaupain, telle une bande-son, la musique originale d’un film. Les personnes chantent, accompagnées par le musicien, dans ce roman-photo devenu « roman musical ». En France, tout finit par des chansons, non?




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