Regardez-nous danser

1968, les années sont passées. Mathilde respecte son pays d’adoption et se fait respecter comme française. Les enfants grandissent avec les deux cultures. Recevoir cet héritage ne va pas sans accrocs. Le Maroc est aussi présenté comme un pays déchiré entre les tentations de devenir un pays moderne, occidentalisé et le maintien des anciennes traditions.

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Critique

Regardez nous danser est la suite de Le Pays des Autres. La chronique de la famille Belhaj démarre en 1968. Année des toutes les révoltes et année de récompenses pour tous les sacrifices que Mathilde et Amine ont réalisé pour faire de leur ferme une entreprise prospère. Leurs enfants Aïcha et Selim ont grandi.

Aïcha est la fille travailleuse, celle qui rend le bonheur et la fierté à ses parents.

Aïcha étudie la médicine à Strasbourg. Elle mène une vie austère d’étudiante. Elle aime ses séances de dissection, pendant lesquelles Aïcha et David, son condisciple, travaillent avec le même respect pour l’être humain et vivant qui a été le cadavre étudié.  Aïcha peut compter avec cette amitié tout en contraste avec son quotidien chez la logeuse qui ne l’apprécie pas. Aïcha fut le témoin sceptique des manifestations de mai 68, car d’un côté, il lui était inconcevable de se sentir libre de parler et d’un autre côté elle perçoit les manifestants hystériques, même risibles.

« Tous ces grands mots, tous ces concepts lui paraissaient vides de sens. Où allaient-ils chercher cette ferveur ?  D’où leur venait cet idéalisme béat ? Et surtout pour quoi n’avaient-ils pas peur ? » (Page, 58)

Aïcha se révoltera à sa façon…

Selim est tout le contraire de sa sœur. Il pratique la natation et se désintéresse des études ou des travaux de la ferme.

Selim ne se sent pas aimé par son père.

« D’aussi loin qu’il se souvienne, Il semblait à Selim que son père avait toujours porté sur lui un regard désapprobateur.

Son père le glaçait, le pétrifiait. Il suffisait qu’il sache qu’Amine était là, dans les parages, pour ne plus parvenir à être lui-même. Et, à vrai dire, toute la société lui faisait cet effet. Le monde dans lequel il vivait avait le regard de son père et il lui paraissait impossible d’être libre. » (Page 44)

Selim abandonne la ferme, ses parents et part à Essaouira au milieu d’une colonie de hippies.

Les parents Belhaj sont, en cette année 1968, socialement considérés, appartiennent à un club élitiste, ils dansent et sont regardés danser. Amine, le père, et Mathilde, la mère sont pourtant conscients que cette vie de plaisir n’est que vanité et prison.

L’autrice Slimani n’a pas failli à son habitude de peindre les personnages de façon nuancée et même rock and roll lorsqu’elle met dans la bouche de Selim la question à propos du sexe de son père. A ma connaissance, Slimani serait une des premières autrices à aborder sans complexe et sans fioritures le sujet de la sexualité quoique ce thème ne soit pas le sujet principal de « Regardez-nous Danser ». Dans cet ouvrage, l’histoire du Maroc est bien plus présente.

Le roman devient ainsi plus riche aux yeux des lecteurs intéressés aussi par la grande histoire.

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Année

2022

Pages

368 p.

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