Critique
Mona est une jeune femme qui a réussi sa vie. Elle a un métier qui lui plaît, un mari aimant, trois enfants, et une vie pleinement heureuse et réussie. Pourtant, elle rencontre Vincent lors d’un cours de tai chi et d’emblée naît entre les deux êtres une relation évidente, un désir irrépressible, un amour qui reste chaste.
« Je perçois d’abord sa démarche de félin, quand il se déplace dans la pièce ses pieds ne semblent pas toucher le sol, on croirait qu’il avance sur un escalator ou un tapis de mousse. S’il m’arrive de revoirce moment où il entre dans ma vie, je l’assimile à un temps simple, comme de glisser sous une couette disposée sur un lit, dans une chambre fraîche. Il doit avoir une quarantaine d’années, son visage est doux, les traits sont fins, pas une beauté spectaculaire, je ne crois pas que je l’aurais remarqué dans d’autres circonstances et pourtant, le regarder me serre le cœur, sans trop savoir jusqu’où. Lorsque je pense à lui, des mois après ce jour, c’est bon comme de plonger dans une source claire. J’ai beau comprendre les flots et la foudre, j’ai beau sentir la force du courant qui m’emporte, je promène mon automne dans cet instant d’été, ces quelques secondes qui ont effacé la vie d’avant, là où j’avais pied. »
Cette rencontre est un éveil à l’amour, une liaison adultère prude, et surtout une découverte d’elle-même. Comme si l’homme lui permettait de faire resurgir une histoire de l’enfance oubliée, des sentiments d’un passé enfoui: sa relation au père, l’indifférence de la mère, les douleurs jamais racontées, la violence subie non exprimée.
Il faut cela pour comprendre l’enfance, la pauvreté, la douleur et l’incompréhension. Il faut reconnaître le père tyrannique, incestueux et la mère à la dérive, absente.
« J’ai cru que l’événement de ces dernières semaines, c’était ma rencontre avec Vincent, mais sur ce chemin qui me menait à lui, j’ai retrouvé la mémoire. Et en ouvrant la trappe où j’avais jeté mes souvenirs, la petite est revenue, elle attendait, l’oreille collée à la porte de mon existence. »
Au fil des jours, Mona raconte, et avec les mots s’exprime la filiation si difficile, la relation au père, complexe, dévastatrice, ce pouvoir et cette pression psychologiques exercés pendant des années et qui peuvent être parfois plus destructeurs que les violences physiques, et pourtant, les violences physiques elles aussi sont extrêmes. A peine esquissée, la relation incestueuse est pourtant présente, prégnante, l’horreur absolue pour la petite fille. Si l’enfant a longtemps essayé de contenter le père en exécutant toutes les basses tâches qu’il lui confiait, l’adulte a aujourd’hui envie de savoir qui elle est au plus profond d’elle-même, quelle est sa vraie nature, son vrai moi.
C’est le chemin vers la résilience et l’acceptation de soi.
Et puis il y a la langue. L’auteure raconte l’amour et l’enfance malheureuse à l’aide de phrases ciselées, de métaphores superbes’ qui nous captent sans plus nous lâcher, si ce n’est à la fin du livre.
Tres beau roman.




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