Le ePub est un format standard qui permet de publier des livres numériques. Aujourd’hui la version ePub 2.1 est la plus répandue : 120000 titres disponibles pour seulement environ 200 titres pour le ePub 3, son petit frère dernier né de la série.

Selon les acteurs rassemblés lors d’une journée organisée par le PILEN le 5 décembre 2016 à la Bibliothèque royale de Belgique, le ePub 3 est pour les uns un raté et pour les autres un outil fantastique qui sera totalement prêt dans six mois. Il faut savoir que le ePub 2.1 donne la possibilité de lire des livres numériques sur une liseuse, une tablette, un PC ou un Smartphone. Le ePub 3 augmente ce livre numérique de compléments multimédias, tels que les vidéos, la musique, etc. Mais dans ce cas, il est nécessaire de le lire soit sur une tablette soit sur un PC car la liseuse ne se connecte  pas aisément à l’Internet et visionner les suppléments est plus difficile voir impossible sur cet outil.

Sans vouloir faire de publicité pour un éditeur en particulier, j’ai été impressionnée par L’Apprimerie qui produit des cartes à lire. Ce sont des cartes qui proposent, via une application à télécharger, l’accès à un livre numérique augmenté. En plaçant une tablette ou un Smartphone devant, on peut voir des effets, des ajouts de textes ou d’images mouvantes qui  viennent se superposer au livre. On se voit entrer dans une autre dimension. Je trouve ça magique : le livre papier ou la carte sont inertes et grâce à l’écran que l’on interpose, le livre s’anime.

Lors de cette journée d’étude, chaque acteur du réseau du livre a pu donner sa position face au ePub.

Philippe Goffe (Librel et président du PILEN) présente la situation des libraires indépendants qui ne possèdent que 15% du marché. Pour lui il n’y a pas de nouveaux clients pour le marché du numérique mais bien la même clientèle qui passe à la liseuse en plus du livre papier. Il pense que si le ePub3 ne peut pas s’adapter à la liseuse alors le marché va coincer car une série de barrières arrêtent l’accès, les questions de TVA se posent et les prix ne sont pas identiques en France et en Belgique (plus cher). Selon lui, les versions plus légères LCP pourraient être réservées aux bibliothèques publiques pour les prêts. Ce qui n’est pas la pensée de tous et sûrement pas de Cyril Labordrie (EDRLab), j’y reviens plus loin.

L’avis d’Alexandre Lemaire (Lirtuel) et donc l’avis des bibliothèques publiques qui prêtent des livres numériques (PNB).

Lirtuel soutient les libraires indépendants en achetant pour 50% chez eux au lieu d’acheter sur les grandes plateformes de distributions. Alexandre Lemaire précise que les éditeurs québécois ont vendus 35% en plus grâce à leurs ventes aux bibliothèques. En Belgique, le prêt de Lirtuel est passé de 240 prêts en mars 2015 à 2254 prêts en juillet 2016 ! Seul le format PDF pour les bandes dessinées pose problème pour l’instant.

Les DRM LCP (Digital Rights Management Lightweight Content Protection) intéressent les bibliothèques pour faciliter l’accès et sortir de Adobe Digital Edition. Il faut savoir que les bibliothèques achètent une licence qui permet de prêter 40 fois le même livre numérique sur une période de 10 ans. A chaque production de Adobe E, 4€ par livre partent pour couvrir les frais de gestion en plus du prix du livre. Avec les DRM LCP les frais seraient moindre.

Dan Ben Simon (Editions CotCotCot). Livre numérique augmenté pour la jeunesse. La littérature jeunesse numérique ne représente que 1% du marché, presque rien. Cette éditeur a choisi Apple pour des raisons de facilité mais se retrouve vite bloqué au niveau local. En effet, cet éditeur ne peut pas travailler avec les acteurs locaux (entendez librairie indépendantes et autres). Il faut charger leurs livres sur Androïd, en passant par une plateforme et installer un logiciel. Beaucoup de manipulations qui rebutent certains acheteurs potentiels.

Alok Nandi (auteur) pose la question et ouvre la réflexion sur les possibilités des nouvelles écritures pour les auteurs en tenant compte de ce nouveau moyen de diffusion. Comment un auteur aujourd’hui va-t-il créer et écrire avec cette nouvelle interface entre lui et son message qu’il souhaite diffuser au lecteur ? La question reste ouverte.

Jiminy Panoz (auteur et designer indépendant). Il est technicien du livre numérique. Sur son blog il reçoit beaucoup de questions des éditeurs et propose des outils Open Source (HTML, Java Script, etc.)

Didier Borg (Delitoon) est éditeur de bande dessinées, il est passé du papier au numérique. Il s’inspire de la Corée qui travaille en écosystème de l’édition de coopération. La BD se lit par défilement vertical sur le net et peut être lu avec un Smartphone sous forme d’épisode.

Sophie Vandepontseele (Directrice des collections contemporaines KBR) annonce que le Dépôt Légal aura bientôt une nouvelle loi qui devrait reprendre le ePub. Elle lance un appel à partenariat pour discuter des possibilités techniques et des attentes de chacun pour encadrer au mieux cette nouvelle obligation pour les auteurs et les éditeurs. Invitation fort bien reçue par la Direction des Associations des éditeurs.

Kalman Dezseri (DG Connect, Commission Européenne). La Commission Européenne peut supporter les marchés par des aides financières pour des projets ou en faisant adapter les taux de TVA.  Attention, pour obtenir une aide de la Commission il faut un projet en partenariat avec différents pays de l’Europe, ce qui n’est pas le cas d’un éditeur en règle générale. Les petites maisons d’éditions sont donc systématiquement exclues.

Cyril Labordrie (EDRLab). Association sans but lucratif propose des DRM LCP (Digital Rights Management Lightweight Content Protection).

Le but des DRM LCP est de sortir du schéma DRM MCP créé par les Sociétés dominantes qui proposent : catalogue + format + DRM + distribution + appareil de lecture. Si une liseuse tombe en panne et qu’elle est remplacée, le lecteur n’a plus accès à ses livres numériques soi-disant achetés.

Avec les DRM LCP (Digital Rights Management Lightweight Content Protection ) on propose l’accessibilité à tous les lecteurs !

  • Avec les DRM le livre a une chronodégradabilité qui correspond au prêt du livre avec DRM Avec LCP, il est toujours disponible.
  • Moins de piratage puisque c’est gratuit.
  • Moins de complexité d’accès, on ne passe pas par Adobe E.
  • Aucune inscription, il ne faut donc pas renseigner ses données personnelles, ce qui implique une meilleure protection de la vie privée.
  • Barrière à l’interopérabilité réduite.
  • Partage familial /amical autorisé.
  • Si l’association EDRLab disparait, n’importe qui peu continuer. Ce programme est Open Source et appartient à tous.

Un avantage pour les libraires, le système LCP peut encourager les clients qui sont potentiellement arrêtés dans leurs achats par les multiples procédures pour une première installation.

La procédure est simple :

  • Choisissez un livre.
  • Charger le livre numérique après achat.
  • Entrez votre password (une seule fois).
  • Lisez le livre.

Les groupes Hachette et Gallimard vont rejoindre LCP. Les liseuses Pocket book vont certainement rejoindre LCP. Pour Kobo on ne sait pas encore. Plus d’informations sur le site : http://idpf.org/