Suzanne Vega est cette chanteuse new-yorkaise qui a connu la renommée en 1987 avec des chansons comme « Luka » ou « Tom’s dinner ». Aujourd’hui, elle consacre tout un album à la romancière américaine Carson McCullers (1917-1967). Cette écrivaine est devenue célèbre dès la parution de son premier roman à l’âge de 23 ans, en 1940 : « Le cœur est un chasseur solitaire ». Quatre autres ouvrages ont marqué la carrière fulgurante de la jeune auteure, de véritables chefs-d’œuvre. Dans tous ses écrits, Carson McCullers a fait preuve d’un certain regard bienveillant porté sur des êtres fragiles qui évoluent dans une existence difficile.
Une femme libre, une auteure sensible
Suzanne Vega, dans le livret qui accompagne le disque, souligne le fait que Carson McCullers fut une femme en avance sur son temps. Femme, elle a vécu librement. Idéaliste, elle a pris la défense des droits humains fondamentaux. Romancière, elle a montré une empathie envers les perdants ou « outsiders », laissés-pour-compte de la société américaine.
Dix chansons dans la vie d’une romancière
Suzanne Vega reprend ici à son compte la vie et l’univers de la romancière. Par ailleurs, elle prépare un spectacle théâtral chanté, entièrement consacré à son auteur fétiche. En dix chansons, la chanteuse mêle l’œuvre et la vie de Carson McCullers. Chaque chanson représente une étape dans l’existence de la romancière ou traite d’un personnage issu de son univers romanesque. Par exemple :
- « Carson’s blues » évoque les origines sudistes de l’auteur (Colombus, Géorgie).
- « New-York is my destination » décrit l’arrivée de la jeune Carson dans la capitale des Etats-Unis à l’âge de 18 ans, initialement pour étudier le piano à la Julliard School, mais plutôt à l’Université de Columbia, pour suivre les cours de création littéraire.
- « We of me » traite de la découverte de l’amour dans les bras de Reeves McCullers, qu’elle épousera deux fois, sorte de double, frère jumeau plutôt que mari.
- « Annemarie » est la femme Annemarie Schwarzenbach, intellectuelle d’origine suisse, belle aventurière dont Carson tombe amoureuse et à qui elle dédie son deuxième roman « Reflets dans un œil d’or » (1941).
- « Lover, beloved » correspond au thème développé dans « La ballade du café triste », dernier ouvrage paru du vivant de l’auteur, connu pour poser la question à laquelle il n’y a pas de réponse : est-il préférable d’aimer, ou d’être aimé?
Suzanne devient Carson
Suzanne Vega réalise ici un disque sensible, hommage respectueux et parfois audacieux à la grande romancière américaine. A des compositions acoustiques propres à la chanteuse, succèdent des chansons qui empruntent beaucoup à l’univers de Carson : le blues du Sud des États-Unis, la musique de bars new-yorkais dans les années 60. A l’écoute de l’album, les deux mondes ne font qu’un, Suzanne devient Carson, jusqu’à reprendre dans un mimétisme étonnant l’apparence physique de l’écrivaine. Suzanne devient Carson.

Un CD intéressant à plus d’un titre, qui comprend quelques très belles chansons fort inspirées. Idéal aussi pour approcher ou redécouvrir l’œuvre de cette écrivaine majeure qu’est Carson McCullers.
Au secours! grâce à cet article, la pile de livres que je souhaite lire et d’auteures que je souhaite connaître s’amoncelle. La chanson me semble superbe. Serait-il possible publier les mots et pour l’auteur de cet article un superbe exercice de traduction en français, chiche à que l’auteur de cet article s’ y attelle! Silvia